À quatre heures du matin, Purmamarca dort encore. Les routes en terre battue du petit village argentin sont désertes, l'air pique avec le froid typique du haut plateau andin, et le ciel est un tapis dense d'étoiles. C'est à ce moment-là, avec une lampe frontale et des chaussures robustes, que l'on commence l'ascension vers le Cerro Pacuy, le promontoire qui domine la Quebrada de Humahuaca dans la province de Salta. La marche prend environ trente ou quarante minutes sur un sentier caillouteux qui grimpe entre les rochers et les buissons bas, mais chaque pas vers le haut vaut ce que l'on trouvera au sommet.
La Quebrada de Humahuaca est une vallée fluviale longue d'environ 155 kilomètres, reconnue par l'UNESCO comme Patrimoine de l'Humanité en 2003 pour sa valeur paysagère et culturelle extraordinaire. Ses parois rocheuses sont composées de couches de minéraux différents — oxydes de fer, manganèse, calcium — qui confèrent aux collines une palette chromatique unique : ocre, violet, rouge brique, vert sauge, gris cendre. Lorsque la lumière du soleil commence à effleurer ces surfaces à l'aube, les couleurs se multiplient et se transforment en temps réel, comme si quelqu'un mélangeait des pigments sur une toile gigantesque.
Que voit-on du sommet du Cerro Pacuy
Du point de vue du Cerro Pacuy, à une altitude dépassant 2 700 mètres au-dessus du niveau de la mer, le regard embrasse toute la cuvette de Purmamarca et ses collines polychromes. Le Cerro de los Siete Colores — la montagne des Sept Couleurs qui est le symbole iconique du village — se trouve juste en face, et de cet angle privilégié, on parvient à distinguer clairement chaque bande chromatique qui le compose. À l'aube, les premières lumières rasantes exaltent les contrastes d'une manière qu'aucune photographie ne parvient vraiment à restituer : le violet des ombres profondes dans les plis de la roche, le rouge vif des crêtes illuminées, le jaune doré des parois les plus exposées.
À cette altitude, l'air est rare et le silence est presque total. On n'entend que le léger vent qui descend de la cordillère et, occasionnellement, le cri de quelques oiseaux des Andes. En regardant vers le bas, le village de Purmamarca apparaît en miniature avec son église coloniale de Santa Rosa de Lima — construite au XVIIe siècle — et les toits plats des maisons traditionnelles. La lumière change rapidement : tout le spectacle de l'aube dure environ vingt minutes, mais c'est une séquence chromatique si intense qu'elle justifie amplement le sacrifice du réveil nocturne.
Comment atteindre le Cerro Pacuy depuis Purmamarca
Le sentier d'accès part du bord nord-est du village de Purmamarca, facilement accessible à pied depuis le centre. Il n'y a pas de signalisation particulièrement élaborée, mais le parcours est assez intuitif : on suit la trace qui monte le long du flanc de la colline, en prenant comme référence visuelle la crête du promontoire. Il est conseillé de demander des indications aux habitants du coin la veille, car dans l'obscurité, les points de repère changent. Aucune guide obligatoire ni billet d'entrée n'est nécessaire pour monter, ce qui rend cette expérience accessible à tout type de voyageur.
La montée ne présente pas de difficultés techniques particulières, mais le dénivelé combiné à l'altitude peut mettre à rude épreuve ceux qui ne sont pas acclimatés. Purmamarca se trouve à environ 2 324 mètres d'altitude, et il est conseillé de passer au moins une journée complète dans la région avant d'affronter la montée matinale, pour permettre à l'organisme de s'adapter. Apporter de l'eau, une couche thermique supplémentaire et une lampe de poche fiable sont les trois éléments essentiels qui ne doivent jamais manquer dans le sac à dos.
Le contexte de la Quebrada de Humahuaca
Purmamarca se trouve le long de la Ruta Nacional 52, à environ 65 kilomètres de San Salvador de Jujuy, le chef-lieu de la province éponyme. La route est asphaltée et praticable en environ une heure en voiture. De nombreux voyageurs arrivent de Salta, située à environ 190 kilomètres au sud, souvent dans le cadre d'un itinéraire qui traverse toute la Quebrada vers le nord jusqu'à Humahuaca et Iruya. Le village dispose d'une offre d'hébergements variée, des petits hostals familiaux aux hôtels-boutiques, et son marché artisanal sur la place centrale est actif chaque matin avec des produits textiles et des céramiques locales.
La meilleure période pour visiter la région va d'avril à octobre, pendant la saison sèche de l'altiplano andin. Pendant les mois d'été de l'hémisphère sud, entre décembre et mars, les pluies fréquentes peuvent rendre le sentier glissant et réduire la visibilité à l'aube. Quoi qu'il en soit, emporter des vêtements en couches est indispensable : les écarts de température entre la nuit et le midi peuvent dépasser vingt degrés Celsius.
Conseils pratiques pour l'aube au Cerro Pacuy
L'heure idéale pour partir du village dépend de la saison, mais en général, sortir entre 4h30 et 5h00 du matin garantit d'être au sommet au moins quinze minutes avant l'aube. Vérifier l'heure exacte du lever du soleil pour la date spécifique de son voyage est une petite précaution qui peut faire la différence entre arriver à temps ou manquer les minutes les plus spectaculaires. Les applications météorologiques et les sites d'astronomie fournissent ces données avec précision pour n'importe quelle coordonnée géographique.
Une fois au sommet, il est utile d'attendre aussi les vingt minutes suivant l'aube véritable : la lumière continue d'évoluer, et les collines polychromes atteignent leur saturation chromatique maximale lorsque le soleil est encore bas sur l'horizon. Descendre en courant juste après le lever du soleil serait une erreur. Apporter quelque chose de chaud à boire dans un thermos transforme l'attente en un moment de pure contemplation, un de ces rares instants de voyage qui restent gravés dans la mémoire de manière définitive.