L'odeur de skyr et de laine mouillée accueille ceux qui franchissent le seuil du Kolaportið chaque samedi matin. Nous sommes à l'intérieur d'un grand hangar portuaire sur le front de mer de Reykjavík, à quelques pas de la Harpa Concert Hall, et l'air est dense de voix islandaises, de café versé dans des gobelets en papier et de l'odeur âcre de vieux tissus. Dehors, le vent de l'Atlantique balaie le port ; à l'intérieur, des centaines de stands se pressent les uns contre les autres sous une lumière artificielle qui transforme chaque objet en un artefact à examiner.
Le Kolaportið est le plus grand marché aux puces d'Islande, ouvert chaque samedi et dimanche de 11h00 à 17h00. Il se trouve dans le bâtiment historique du vieux port, une structure en briques et en acier qui a servi pendant des décennies comme entrepôt douanier avant d'être reconvertie à un usage commercial. L'entrée coûte quelques centaines de couronnes islandaises — un montant symbolique — et donne accès à un monde qui raconte l'Islande authentique bien mieux que n'importe quelle attraction touristique fabriquée.
Le premier étage : laine, vinyles et objets intemporels
En montant l'escalier intérieur, on arrive au niveau dédié aux vendeurs d'objets d'occasion, d'antiquités et de vêtements vintage. Ici, les palettes de couleurs sont celles typiques des lopapeysa, les pulls traditionnels islandais : bandes circulaires de gris cendre, blanc crème, marron terre et noir charbon, travaillées avec la laine non traitée du mouton islandais, la brebis locale aux fibres particulièrement chaudes. Trouver un lopapeysa original — pas un de ceux produits industriellement pour les touristes — nécessite de la patience et un œil aguerri, mais le prix peut descendre sensiblement par rapport aux magasins du centre.
Entre les étals, on trouve aussi des piles de disques vinyles, des services en porcelaine avec des motifs nordiques, de vieilles photographies en noir et blanc de pêcheurs islandais, et une quantité surprenante d'objets soviétiques arrivés on ne sait comment dans ce coin d'Europe. Les vendeurs sont pour la plupart locaux — des personnes âgées qui démontent la maison familiale, des collectionneurs qui renouvellent leur stock, des jeunes qui revendent des pièces sélectionnées dans les marchés européens. Parler avec eux, même avec un anglais élémentaire, ouvre souvent des conversations inattendues.
Le rez-de-chaussée : nourriture islandaise introuvable ailleurs
Au rez-de-chaussée se concentre la section alimentaire, et c'est ici que le marché devient vraiment unique. Les stands de nourriture proposent des produits qui peinent à trouver leur place dans les supermarchés ordinaires : hákarl, le requin fermenté à l'odeur piquante que les vendeurs offrent en petits cubes à déguster, du pain de seigle dense et sombre cuit dans des sources géothermiques, des harengs marinés de diverses manières, et des douceurs maison comme le kleinur, le typique beignet islandais frit et épicé au cardamome.
Ceux qui ont un estomac curieux trouveront dans l'hákarl l'une des expériences olfactives les plus mémorables du voyage : l'odeur d'ammoniaque est réelle et intense, mais le goûter — peut-être accompagné d'une gorgée de brennivín, l'eau-de-vie islandaise — est un rite que les locaux accomplissent sans drame. Les stands de nourriture sont également le bon endroit pour acheter des conserves artisanales, des confitures de baies sauvages et des sachets de sel marin islandais.
Comment se déplacer et quand y aller
Le conseil le plus utile est d'arriver avant 11h30 le samedi, lorsque les stands sont encore complets et que les vendeurs sont plus disposés à négocier. Le dimanche, le marché est surtout fréquenté par des familles islandaises qui arrivent dans l'après-midi, et l'atmosphère est plus détendue mais l'offre légèrement réduite. Le Kolaportið est facilement accessible à pied depuis le centre de Reykjavík en moins de dix minutes, en suivant Geirsgata le long du port en direction de l'est.
Il est fortement conseillé d'apporter des couronnes islandaises en espèces : tous les vendeurs n'acceptent pas les cartes de crédit, et les stands de nourriture presque jamais. Compter au moins deux heures pour se promener tranquillement dans les deux niveaux est réaliste ; ceux qui veulent vraiment fouiller parmi les vinyles ou examiner chaque pull peuvent facilement y passer trois heures. Évitez les deux dernières heures avant la fermeture : de nombreux vendeurs commencent à démonter à l'avance et l'atmosphère devient frénétique et moins agréable.
Pourquoi il vaut la peine de s'arrêter
Dans un pays où le tourisme a rapidement transformé de nombreuses expériences en produits emballés, le Kolaportið résiste comme un espace authentique d'échange entre de vraies personnes. Ce n'est pas pittoresque de manière artificielle : c'est bruyant, légèrement chaotique, mal éclairé dans certains coins et odorant de façons qui ne sont pas toujours agréables. C'est exactement pour cela qu'il raconte quelque chose de vrai sur l'Islande quotidienne — celle qui ne finit pas sur les couvertures des catalogues de voyage mais qui existe chaque week-end, ponctuellement, sous ce toit en fer au port de Reykjavík.