
La lumière blanche du phare émerge avant même que la route ne se termine : un pinceau de calcaire qui pointe vers la Méditerranée, entouré de criques d'un turquoise presque irréel. Ra's Al Hilal — dont le nom en arabe signifie littéralement Cap de la Demi-Lune — est un promontoire de la Cyrénaïque septentrionale, dans l'est de la Libye, où la côte se brise en falaises de roche claire et la mer change de couleur en quelques mètres, passant du bleu profond au vert émeraude dans les criques les plus abritées.

Le phare qui domine ce tronçon de côte est l'un des exemples les plus intacts d'architecture maritime coloniale restés sur le littoral libyen. Construit pendant la période de l'administration italienne de la Cyrénaïque, dans la première moitié du XXe siècle, le bâtiment conserve encore sa structure originale : une tour cylindrique blanche qui s'élève à environ dix-huit mètres au-dessus de la falaise, visible en conditions de bonne visibilité sur de nombreuses milles nautiques. Sa fonction était — et est restée pendant des décennies — celle de signaler aux navigateurs l'un des tronçons les plus traîtres de la côte entre Tobrouk et Benghazi.
Une structure qui raconte le Méditerranée coloniale

L'empreinte italienne sur Ra's Al Hilal est encore lisible dans les détails architecturaux du phare et des structures accessoires qui l'accompagnent : de petits bâtiments bas avec des murs épais, construits pour résister au vent et à la chaleur, avec des ouvertures étroites orientées vers le nord. Le blanc de la chaux, renouvelé au fil des ans, contraste avec le gris-ocre de la roche calcaire sur laquelle repose l'ensemble de la structure. Ceux qui s'approchent à pied le long du sentier qui longe le promontoire peuvent observer les fondations directement taillées dans la roche vive, une technique de construction courante dans les phares méditerranéens de l'époque pour garantir la stabilité des structures exposées aux tempêtes hivernales.
La période de construction se situe très probablement entre les années vingt et trente du vingtième siècle, lorsque l'Italie a investi dans des infrastructures maritimes le long de toute la côte de la Libye coloniale, de Tripoli jusqu'à la frontière égyptienne. Ra's Al Hilal était un point stratégique : le promontoire avance dans la mer ouverte, et les courants dans cette zone peuvent être imprévisibles pour les embarcations qui naviguent au large.

Le paysage : falaises, grottes et eaux transparentes
Ce qui rend Ra's Al Hilal un lieu physiquement extraordinaire n'est pas seulement le phare en lui-même, mais la combinaison d'éléments naturels qui l'entourent. Les falaises de calcaire blanc descendent à pic par endroits, puis s'ouvrent en petites plages de galets et de sable clair accessibles uniquement par la mer ou par des sentiers non balisés. Les érosions marines ont creusé dans la roche quelques grottes basses, visibles depuis le rivage, qui pendant les heures centrales de la journée reflètent la couleur de l'eau vers l'intérieur créant des effets de lumière particuliers.

La végétation est celle typique de la maquis méditerranéen aride : des buissons de lentisque, du thym sauvage et quelques figuiers de Barbarie qui poussent dans les fissures de la roche. Au printemps, entre mars et mai, certaines espèces de fleurs sauvages jaunes et violettes apparaissent le long des bords du sentier menant au phare, rendant le paysage moins austère par rapport aux mois d'été. La mer dans cette zone est généralement très propre, loin des centres urbains et de l'industrie.
Comment visiter Ra's Al Hilal

Ra's Al Hilal se atteint en empruntant la route côtière qui relie Derna à l'est à Al Bayda à l'ouest, l'une des artères principales de la Cyrénaïque septentrionale. Le promontoire est signalé, mais la route qui mène directement au phare est non pavée et nécessite un véhicule avec une bonne garde au sol, surtout après les pluies d'hiver qui peuvent rendre le sol glissant. Le meilleur moment pour la visite est le matin tôt, lorsque la lumière rasante met en valeur le blanc de la tour et les couleurs de la mer sont plus intenses avant que le soleil ne soit haut.
Il n'existe pas d'infrastructures touristiques organisées sur place : pas de billetteries, pas de guides officiels, pas de bars. Ceux qui visitent doivent apporter de l'eau et de la nourriture en quantité suffisante. Le phare lui-même n'est pas ouvert au public pour monter à l'intérieur, mais la structure extérieure et le belvédère naturel sur la falaise sont accessibles librement. Il est conseillé de se renseigner sur les conditions de sécurité générales de la région avant de planifier tout déplacement dans l'est de la Libye, en consultant des sources à jour comme les conseils de voyage du ministère des Affaires étrangères de son pays.
Pourquoi le voyage en vaut la peine
Ra's Al Hilal n'est pas un endroit pour ceux qui recherchent le confort ou les infrastructures. C'est un lieu pour ceux qui veulent voir un morceau de côte méditerranéenne resté presque intact, où un phare construit il y a presque un siècle continue de marquer la frontière entre la terre et la mer ouverte. La beauté ici est concrète et mesurable : la tour blanche, la roche claire, l'eau turquoise, le silence presque total interrompu seulement par le vent et les vagues.
Pour les voyageurs qui connaissent déjà les phares les plus célèbres de la Méditerranée — de ceux de Bretagne à ceux de Sicile — Ra's Al Hilal offre quelque chose de différent : l'absence de tourisme de masse et la sensation d'être devant un paysage que peu ont vu et que, pour des raisons géopolitiques, très peu verront dans les années à venir. C'est une rareté qui a le goût amer de toutes les choses fragiles.
