L'odeur arriva avant la vue. Un mélange piquant d'ammoniaque, de tanin et de cuir mouillé qui s'insinue dans les ruelles étroites de la médina de Marrakech, te guidant vers l'un des ateliers artisanaux les plus anciens du Maroc. Les tanneries de Chouara — le nom du quartier — ne sont pas un musée, ce ne sont pas une reconstitution : ce sont un lieu de travail vivant, où des dizaines d'artisans travaillent chaque jour immergés jusqu'aux cuisses dans des bassins de pierre remplis de colorants naturels.
Le travail du cuir à Marrakech remonte à l'époque médiévale, lorsque la ville était un carrefour commercial essentiel entre l'Afrique subsaharienne et la Méditerranée. Les techniques utilisées aujourd'hui — macération dans de l'eau de pigeon, assouplissement avec du jaune d'œuf et de la graisse animale, teinture avec des pigments végétaux comme le safran pour le jaune, la menthe pour le vert, le pavot pour le rouge — sont restées essentiellement inchangées au fil des siècles. C'est cette continuité, concrète et observable, qui rend le lieu extraordinaire.
Le panorama d'en haut : les cuves vues des terrasses
Pour voir vraiment les tanneries, il faut monter. Les magasins de maroquinerie qui entourent la zone offrent un accès gratuit à leurs terrasses aux visiteurs, à condition — presque toujours — de supporter quelques minutes de présentation des produits en vente. Cela vaut la peine d'accepter. D'en haut, les cuves circulaires creusées dans la pierre forment une grille irrégulière de couleurs : ocre, bordeaux, vert olive, blanc chaux, alternées selon le cycle de travail en cours ce jour-là. Le nombre de cuves varie, mais la superficie totale des tanneries principales s'étend sur plusieurs centaines de mètres carrés, suffisamment pour remplir complètement le champ de vision.
La lumière du matin, lorsque le soleil frappe les cuves par l'est, restitue les couleurs dans leur saturation maximale. Les artisans — principalement des jeunes hommes, souvent issus de familles qui transmettent le métier de génération en génération — se déplacent entre les cuves avec des mouvements précis et répétés, retournant les peaux avec de longs bâtons en bois. Vu d'en haut, ils semblent des figures insérées dans un mosaïque abstraite.
Dans le quartier : sons et histoires entre les ruelles
Descendre du balcon et s'enfoncer dans le quartier est une expérience différente, plus dense. Les charrettes tirées à la main transportent des peaux fraîches ou du cuir déjà teint vers les ateliers de finition. On entend le bruit sourd des peaux qui frappent contre les bords des cuves, les voix des artisans qui s'appellent entre eux en darija — le dialecte arabe marocain — et le grincement des poulies utilisées pour soulever les charges.
Beaucoup des travailleurs des tanneries appartiennent à des familles qui exercent ce métier depuis des générations. Il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui racontent, à travers des gestes et quelques mots de français ou d'espagnol, avoir appris à travailler le cuir de leurs pères ou grands-pères. Le travail est physiquement dur : les mains et les bras restent colorés pendant des jours, et l'exposition prolongée aux produits chimiques naturels laisse des marques évidentes sur la peau. Aucune romantisation n'est nécessaire : c'est un vrai métier, avec une vraie fatigue.
Que vendre et comment s'orienter parmi les magasins
Autour des tanneries, la concentration de magasins de maroquinerie est très élevée. Sacs, babouches (les typiques pantoufles marocaines en cuir), ceintures, portefeuilles et vestes sont exposés en quantité. Les prix varient énormément et la négociation est attendue, presque demandée. Un sac de taille moyenne en cuir travaillé peut coûter entre 150 et 400 dirhams marocains (entre 15 et 40 euros environ), mais les prix initiaux proposés par les vendeurs sont souvent le double ou le triple du prix final atteignable.
Il vaut la peine de visiter plusieurs magasins avant d'acheter, non seulement pour comparer les prix mais aussi pour évaluer la qualité du cuir : le cuir végétal authentique a une odeur caractéristique, une texture compacte et une coloration légèrement irrégulière, signe de la teinture artisanale. Le cuir traité chimiquement, moins cher, tend à avoir des couleurs uniformes et artificielles.
Conseils pratiques pour la visite
L'heure idéale pour visiter les tanneries est le matin tôt, entre 9 et 11 heures, lorsque le travail est à son apogée et que la lumière est favorable pour photographier. Dans l'après-midi, de nombreux bassins sont déjà vides ou en phase de repos. Les tanneries se trouvent dans le quartier de Bab Debbagh, accessible à pied depuis la place Djemaa el-Fna en environ vingt minutes à travers la médina, ou en taxi pour quelques dirhams en indiquant le nom du quartier.
Les terrasses des magasins offrent généralement une branche de menthe à tenir sous le nez pour atténuer l'odeur : il est conseillé de l'accepter, surtout les jours chauds. Porter des chaussures fermées est pratique si l'on prévoit de descendre dans les ruelles les plus proches des bassins. Le temps moyen de visite, y compris la pause sur les terrasses et une promenade dans le quartier, est d'environ une heure à une heure et demie.