
Deux bâtiments ottomans du XVe siècle, un bedesten et un han, abritent aujourd'hui l'une des collections archéologiques les plus complètes du Moyen-Orient. Le Musée des Civilisations Anatoliennes d'Ankara occupe des structures initialement construites pour le commerce pendant la période de domination ottomane, puis converties en musée en 1921 à l'initiative de Mustafa Kemal Atatürk, qui souhaitait créer un centre de collecte pour les artefacts de l'Anatolie. Le bâtiment a été restauré et adapté à la fonction muséale dans les années suivantes, ouvrant au public dans sa forme actuelle en 1968.

Le musée se trouve dans le quartier historique de Ulus, à quelques pas de la Citadelle d'Ankara, sur une colline qui domine la ville moderne. La position n'est pas fortuite : c'était le cœur de l'établissement humain dans la région depuis des millénaires, et le choix de placer le musée ici reflète une continuité géographique avec les civilisations que l'on entend documenter. L'entrée actuelle, avec la cour pavée et les portails en pierre travaillée, conserve encore les caractéristiques architecturales originales des bâtiments ottomans.
Les collections : de la préhistoire aux Hittites
La structure circulaire du bedesten permet une visite chronologique presque automatique : on commence par les objets paléolithiques et néolithiques, parmi lesquels des matériaux provenant de Çatalhöyük, l'un des plus anciens établissements urbains documentés au monde, datant d'environ 7500 av. J.-C. Les statuettes féminines en terre cuite de ce site, exposées dans des vitrines soigneusement éclairées, montrent une plasticité surprenante pour l'époque et sont parmi les pièces les plus photographiées de l'ensemble de la collection.
Le noyau le plus célèbre du musée est la section dédiée aux Hittites, la puissance qui domina l'Anatolie centrale entre 1700 et 1200 av. J.-C. environ. On y trouve des reliefs monumentaux en basalte provenant de sites comme Carchemish et Malatya, représentant des rois, des divinités et des scènes de chasse. Particulièrement impressionnants sont les lions en pierre qui servaient de gardiens des portails dans les temples hittites : certaines de ces sculptures dépassent un mètre et demi de hauteur et montrent encore des traces du travail de ciseau sur les flancs. La section phrygienne, avec les matériaux provenant de Gordion, complète le tableau des grandes civilisations anatoliennes préclassiques.
Chef-d'œuvre à ne pas manquer
Parmi les objets individuels qui méritent une attention particulière, il y a le disque solaire d'Alacahöyük, un objet en bronze datant du IIIe millénaire av. J.-C., interprété comme un symbole cosmologique ou un étendard cérémoniel. Sa forme géométrique complexe, avec des rayons et des figures animales stylisées, est devenue l'un des symboles iconiques de l'archéologie turque et est reproduite dans de nombreux contextes publics à Ankara. Dans les salles dédiées à l'âge du bronze, on trouve également des bijoux en or et en argent de facture raffinée, découverts dans des contextes funéraires de l'Anatolie centrale.
La section assyrienne mérite un arrêt spécifique pour les tablettes cunéiformes provenant de Kültepe, l'ancienne Kanesh, qui documentent les échanges entre marchands assyriens et populations locales au IIe millénaire av. J.-C. Ces textes représentent certaines des premières écritures retrouvées en Anatolie et permettent de lire, à travers des panneaux explicatifs, des fragments de contrats commerciaux et de lettres privées datant de trois mille ans.
Comment organiser la visite
Le musée est ouvert tous les jours sauf le lundi, avec des horaires qui varient légèrement entre l'été et l'hiver. Le billet d'entrée est accessible et fait partie de la catégorie des musées d'État turcs, avec des tarifs réduits pour les étudiants et les enfants. Le meilleur moment pour visiter est le matin tôt, de préférence entre 9 et 11 heures, lorsque les salles sont encore relativement vides et que la lumière naturelle qui filtre du toit du bedesten éclaire les artefacts de manière optimale. Pendant les mois d'été, les groupes organisés arrivent en masse après 10 heures, rendant certaines sections difficilement accessibles.
Pour rejoindre le musée depuis la place Kızılay, le centre moderne d'Ankara, on peut prendre le métro jusqu'à la station Ulus et ensuite monter à pied pendant environ dix minutes le long de la montée vers la Citadelle. Le chemin est balisé. Comptez au moins deux heures et demie pour une visite complète sans se presser ; ceux qui souhaitent approfondir les sections hittite et néolithique peuvent facilement passer quatre heures. Le café interne offre un endroit agréable pour une pause dans la cour, utile pour réorganiser ses idées avant d'aborder les salles finales.
Le contexte du quartier Ulus
En sortant du musée, il vaut la peine de consacrer quelques minutes à la Citadelle d'Ankara, qui se rejoint en quelques minutes à pied. Les murs byzantins et les tours seldjoukides offrent une vue panoramique sur la ville moderne et permettent de contextualiser visuellement le territoire que le musée documente à travers ses artefacts. Dans le quartier, on trouve également de petits restaurants traditionnels où il est possible de déguster des plats locaux à des prix abordables, loin des circuits touristiques du centre.
Le musée ne dispose pas d'un audioguide en italien, mais les panneaux explicatifs principaux sont traduits en anglais, ce qui permet une visite autonome satisfaisante. Ceux qui souhaitent approfondir peuvent acheter le catalogue officiel disponible dans la librairie à l'entrée, qui comprend des reproductions photographiques de haute qualité des pièces principales et des textes scientifiques sur les différentes civilisations représentées.
