Le granit de couleur crème se confond avec la roche vive du promontoire, comme si le phare avait toujours été là, grandi avec la côte. Le Phare de Punta Nariga, à Malpica de Bergantiños, dans la province de La Corogne, ne ressemble à aucun autre phare que vous ayez jamais vu. Pas de tour cylindrique blanche, pas de lanterne rouge. Ici, l'architecture parle la même langue âpre et silencieuse que la Galice.
Le phare a été conçu par l'architecte galicien César Portela et inauguré en 1998. Portela est connu pour son approche du paysage comme matière première du projet, et Punta Nariga en est peut-être l'exemple le plus réussi : la structure horizontale, presque étendue sur le promontoire, est entièrement réalisée en granit local clair, celui qui affleure naturellement le long de toute la Costa da Morte. Le résultat est un bâtiment qui semble sculpté dans le sol plutôt que construit au-dessus de celui-ci.
Une architecture qui dialogue avec le paysage
Approcher le phare à pied signifie comprendre progressivement ce qui le rend si inhabituel. La structure s'étend en longueur, avec une série de corps bas reliés entre eux, et la tour — si l'on peut l'appeler ainsi — est relativement trapue par rapport aux phares traditionnels. Les lignes horizontales dominent, suivant le profil du promontoire qui descend vers la mer. En marchant autour, on remarque les surfaces en granit travaillées à la main, avec une texture rugueuse qui capture la lumière différemment selon l'heure de la journée.
Le choix du matériau n'est pas seulement esthétique : le granit galicien est extraordinairement résistant à l'érosion saline, un critère fondamental à un endroit où l'Atlantique frappe avec force pendant les tempêtes hivernales. La Costa da Morte — littéralement Côte de la Mort — doit son nom aux centaines de naufrages survenus dans ces mers au fil des siècles, et le phare de Punta Nariga est l'un des postes les plus avancés de ce tronçon de côte dangereux.
Le panorama depuis les bords du promontoire
La véritable raison pour laquelle cela vaut la peine de venir ici, au-delà de l'architecture, est la vue. Du promontoire de Punta Nariga, on domine un arc d'océan qui, par temps clair, semble infini. Au nord, on aperçoit la silhouette des Îles Sisargas, une petite réserve naturelle inhabitée avec son propre phare historique, accessible en bateau depuis Malpica. Au sud, la côte se brise en une séquence de falaises et de criques qui se perdent vers Camarinas et Finisterre.
Le vent est presque toujours présent, même en été. Ce n'est pas un endroit pour ceux qui recherchent le calme protégé : c'est un lieu exposé, où l'on ressent physiquement la puissance de l'Atlantique. Les vagues qui se brisent sur les rochers basaltiques sous le promontoire produisent un bruit continu, et par temps agité, l'écume monte en colonnes visibles de loin. Apporter une couche imperméable est conseillé en toute saison.
Comment arriver et quand visiter
Malpica de Bergantiños est située à environ 50 kilomètres de Saint-Jacques-de-Compostelle et une quarantaine de La Corogne. L'accès en voiture est le plus pratique : depuis la ville de Malpica, on suit la route côtière vers le promontoire, et les derniers kilomètres se parcourent sur une route étroite mais asphaltée qui se termine dans un petit parking près du phare. De là, une courte marche à pied mène directement à la structure.
Le meilleur moment pour la visite est le tard dans l'après-midi, lorsque la lumière rasante met en valeur les textures du granit et que le soleil se couche sur l'océan ouvert à l'ouest. En été, le coucher de soleil peut avoir lieu même après 21h30, offrant des heures de lumière dorée. La zone extérieure du phare est accessible librement, tandis que l'intérieur n'est pas ouvert au public. Prévoyez au moins une heure sur place pour marcher le long des sentiers du promontoire et profiter du panorama sans hâte. Évitez les jours de fort vent du nord-ouest si vous avez de jeunes enfants avec vous : les bords du promontoire n'ont pas de protections et les rafales peuvent être intenses.
Le contexte de la Costa da Morte
Punta Nariga se visite bien comme partie d'un itinéraire plus large le long de la Costa da Morte, l'un des tronçons de Galice les moins touristiques mais les plus authentiques. Malpica elle-même est un village de pêcheurs avec un port actif où le matin tôt, on décharge du poisson frais. Les restaurants du village servent du poulpe à la galicienne et des fruits de mer à des prix encore loin de ceux des destinations plus fréquentées.
Ceux qui arrivent ici en s'attendant à un phare pittoresque de carte postale seront surpris. Punta Nariga demande un regard différent, plus lent, capable de lire le paysage au lieu de simplement le photographier. César Portela a construit quelque chose qui ne crie pas sa présence, mais qui se révèle progressivement, comme le font les choses qui durent.