
À 3.098 mètres d'altitude, l'air devient rare et le silence est rompu seulement par le vent qui secoue les cimes des pins. Pico Duarte, dans la chaîne de montagnes de la Cordillère Centrale dans la province de La Vega, est le sommet le plus élevé de toutes les îles des Caraïbes, et l'atteindre signifie traverser des écosystèmes que la plupart des visiteurs de la République Dominicaine n'imaginent même pas exister à quelques heures des plages de sable blanc.

Le sentier le plus fréquenté part de La Ciénaga, un petit village qui sert de point d'entrée au Parc National Armando Bermúdez, établi en 1956 et aujourd'hui partie du système d'aires protégées dominicaines. De là, le sentier principal s'étend sur environ 23 kilomètres jusqu'au sommet, un trajet que la plupart des randonneurs divisent en deux ou trois jours, dormant dans les refuges le long du chemin.
Forêts de pins et brouillard permanent

En montant au-delà de 1 500 mètres, la végétation change radicalement. Les feuillus tropicaux laissent place à de denses forêts de pin criollo (Pinus occidentalis), une espèce endémique d'Hispaniola qui pousse exclusivement sur cette île et à Cuba. Les troncs s'élèvent droits vers le ciel tandis que le sous-bois reste étonnamment ouvert, avec un tapis d'aiguilles de pin qui amortit chaque pas. Pendant les heures centrales de la journée, des nuages bas enveloppent les pentes créant cette atmosphère caractéristique de forêt brumeuse qui rend le paysage presque nordique, très éloigné de l'imaginaire caribéen.
Dans les vallées les plus abritées se trouvent de petits cours d'eau froids et cristallins, alimentés par les précipitations orographiques qui frappent la Cordillère Centrale avec régularité. Le long de ces ruisseaux poussent des fougères arborescentes et des mousses qui recouvrent chaque pierre, créant des microhabitats humides où la biodiversité se concentre de manière surprenante.

La faune endémique d'Hispaniola
Celui qui prête attention pendant la marche a de bonnes chances d'apercevoir le perroquet d'Hispaniola (Amazona ventralis), une espèce endémique de l'île qui fréquente les forêts de pins en haute altitude. Son cri strident rompt souvent le silence matinal. Tout aussi caractéristique est le cygne d'Hispaniola, nom local pour certaines espèces d'oiseaux chanteurs qui se déplacent entre les branches basses des pins à la recherche d'insectes.

Les mammifères sont moins visibles mais présents : le solénodon d'Hispaniola (Solenodon paradoxus), l'un des mammifères les plus anciens et rares de la planète, vit dans les forêts montagneuses de l'île, bien que l'apercevoir nécessite beaucoup de chance et une sortie nocturne. Il est plus facile de tomber sur les traces des hutias, des rongeurs endémiques qui habitent ces forêts depuis des millions d'années.
Le sommet et le monument à Duarte
Au sommet du Pico Duarte se trouve un buste de Juan Pablo Duarte, le père fondateur de la République Dominicaine, qui donne son nom à la montagne. La structure est simple, en métal, et représente l'un des points de repère iconiques pour ceux qui atteignent le sommet. Par temps clair, du sommet, on peut voir toute la Cordillère Centrale s'étendre dans toutes les directions, et dans des conditions exceptionnelles, même la côte atlantique et celle des Caraïbes de l'île en même temps.
La température au sommet peut descendre en dessous de zéro pendant les nuits d'hiver, entre décembre et février, et même en été, elle dépasse rarement les 10-12 degrés la nuit. Ce contraste thermique par rapport aux plaines est l'un des aspects les plus surprenants pour ceux qui viennent de la côte.
Conseils pratiques pour la randonnée
La meilleure période pour gravir le Pico Duarte est entre janvier et avril, lorsque les précipitations sont moins fréquentes et que les sentiers sont plus praticables. L'entrée du parc nécessite le paiement d'un droit d'entrée et, obligatoirement, l'accompagnement d'un guide local certifié : il n'est pas possible d'effectuer le parcours en autonomie, une règle qu'il vaut la peine de respecter également pour des raisons de sécurité réelle, étant donné que le sentier se ramifie à plusieurs endroits.
Il est indispensable d'apporter des vêtements en couches, y compris une veste imperméable et un sac de couchage adapté à des températures proches de zéro. Les refuges le long du parcours offrent un abri mais n'ont pas toujours de couvertures ou d'équipement supplémentaire. L'accès au parc s'organise généralement depuis la ville de Jarabacoa, qui se trouve à environ deux heures de route de Saint-Domingue et dispose d'agences locales spécialisées dans la randonnée vers le sommet.
