Pendant quelques semaines par an, entre mars et avril, les terrasses en pierre du Jabal Al Akhdar se teintent de rose. Nous sommes à plus de 2 000 mètres d'altitude dans la chaîne de montagnes du Hajar, dans la région d'Al Dakhiliya, et les roses de Damas — Rosa damascena — fleurissent dans les jardins murés que les communautés locales cultivent depuis des siècles avec des techniques restées presque inchangées. L'air frais de la montagne, rare à Oman, rend possible cette floraison brève et intense qui attire des visiteurs de tout le Golfe et d'Europe.
Le village d'Al Ain, l'un des bourgs historiques perchés sur les pentes du Jabal Al Akhdar près d'Al Hamra, est l'un des principaux centres de cette tradition. Ici, et dans les villages environnants comme Ash Shirayjah et Al Ayn, les roses sont récoltées à la main dans les premières heures du matin, avant que le soleil ne les prive de leur huile essentielle. De cette récolte naît l'eau de rose omanaise — ma'a ward — un produit artisanal considéré parmi les plus précieux de la péninsule arabique et utilisé en cuisine, dans la cosmétique et lors des cérémonies traditionnelles.
Les jardins en terrasses : des siècles d'ingénierie de l'eau
Ce qui frappe immédiatement le visiteur n'est pas seulement la couleur des fleurs, mais la structure même des jardins. Les terrasses sont délimitées par des murets en pierre calcaire locale, construits et réparés à la main de génération en génération. L'irrigation se fait encore par le système des aflaj — canaux souterrains et de surface qui distribuent l'eau de la montagne aux champs — une infrastructure hydraulique que l'UNESCO a reconnue comme Patrimoine de l'Humanité en 2006. En marchant le long des sentiers entre une terrasse et l'autre, on peut voir clairement les petits canaux en pierre qui coulent aux bords des cultures.
À côté des roses, les jardins abritent également des grenadiers, des abricotiers et des noyers, qui fleurissent durant la même saison printanière. La combinaison de parfums est intense et inattendue pour ceux qui viennent de la chaleur sèche des plaines omanaises. Les agriculteurs — souvent âgés, mais il n'est pas rare de voir des jeunes qui ont choisi de revenir à la terre — travaillent avec des outils simples, et il n'est pas rare de voir des femmes avec des paniers en osier occupées à la récolte matinale.
La distillation de l'eau de rose : un processus ancien
Dans les petites distilleries artisanales du village, les pétales frais sont chargés dans des alambics en cuivre et soumis à une distillation à la vapeur. Le processus doit avoir lieu dans les quelques heures suivant la récolte pour préserver les composés aromatiques. Le résultat est un liquide clair et parfumé qui est mis en bouteille et vendu localement, dans les marchés de Nizwa et de Mascate, et de plus en plus souvent exporté. Une bouteille de 250 ml d'eau de rose du Jabal Al Akhdar peut coûter entre 5 et 15 rials omanais (environ 12-40 euros) selon la qualité et le producteur.
Certaines familles ouvrent leurs petites distilleries aux visiteurs pendant la période de floraison, offrant une démonstration du processus. Il ne s'agit pas d'attractions organisées avec des billets et des horaires fixes, mais de rencontres informelles qui nécessitent respect et discrétion. Demander à son hébergement ou à un guide local est le meilleur moyen de trouver ces opportunités authentiques.
Venez visiter le Jabal Al Akhdar pendant la floraison
Le conseil pratique le plus important est un seul : réserver longtemps à l'avance. La période de floraison des roses — généralement de la seconde moitié de mars à la première moitié d'avril, avec des variations annuelles liées aux températures — coïncide avec l'un des moments de plus forte affluence touristique sur le plateau. Les hôtels et les stations balnéaires du Jabal Al Akhdar, comme l'Anantara Al Jabal Al Akhdar Resort construit au bord d'un canyon spectaculaire, se remplissent des semaines à l'avance. Même les bed and breakfast dans les villages traditionnels doivent être réservés à temps.
Pour atteindre la région depuis Mascate, la route la plus courante passe par Nizwa — à environ 140 kilomètres de la capitale — puis monte vers le Jabal Al Akhdar par une route de montagne qui nécessite obligatoirement un véhicule à traction intégrale (4x4). Les contrôles militaires à l'entrée de la route vérifient le type de véhicule : on ne monte pas avec des berlines ou des citadines, quelle que soit la conduite. Le trajet depuis Mascate prend environ deux heures et demie dans des conditions normales. Le matin tôt — entre six et neuf heures — est le meilleur moment pour visiter les jardins : la lumière est douce, les pétales sont encore frais et les agriculteurs sont au travail.
Ce qu'il faut ramener chez soi et à quoi s'attendre
L'eau de rose est le souvenir le plus évident, mais les marchés locaux pendant la saison offrent également du miel de montagne, des fruits secs et de l'artisanat en pierre locale. Ceux qui s'attendent à une attraction touristique structurée seront surpris : le Jabal Al Akhdar pendant la floraison est avant tout un lieu de travail agricole. Les sentiers entre les jardins ne sont pas toujours balisés, et certaines zones privées ne sont pas accessibles. Se déplacer avec respect, ne pas entrer dans les propriétés sans invitation et ne pas photographier les gens sans consentement sont des règles non écrites mais fondamentales dans ce contexte.
Ce qui reste après la visite est difficile à décrire avec précision : le parfum des pétales de rose mélangé à l'air frais de la montagne, le silence interrompu seulement par l'eau qui coule dans les aflaj, et la sensation concrète d'assister à une pratique agricole qui a résisté aux siècles non par folklore, mais par nécessité et identité.