
À plus de 4 000 mètres d'altitude, le plateau volcanique de la Réserve Nationale des Salines Aguada Blanca s'ouvre dans un silence presque total. Le vent déplace les nuages bas au-dessus des plaines de puna, et entre les touffes d'ichu — l'herbe jaune typique des Andes — se déplacent des silhouettes élégantes : ce sont les vicuñas, les camélidés sauvages qui autrefois étaient chassés presque jusqu'à l'extinction et qui aujourd'hui peuplent ce plateau en nombre considérable. La plupart des voyageurs qui arrivent à Arequipa s'arrêtent en ville, attirés par les palais en sillar blanc du centre historique. Peu s'avancent vers l'est, le long de la route qui mène au Colca ou vers le volcan Misti, traversant cette réserve qui reste l'un des espaces naturels les moins fréquentés du Pérou méridional.

La réserve a été créée en 1979 avec l'objectif principal de protéger les populations de vicuñas (Vicugna vicugna), qui à cette époque étaient drastiquement réduites en raison du braconnage pour leur fibre précieuse. Le territoire protégé couvre environ 366 936 hectares entre les provinces d'Arequipa, Caylloma et General Sánchez Cerro, et est dominé par la présence de deux volcans stratovolcaniques : le Misti (5 822 m) et le Chachani (6 057 m), dont les silhouettes enneigées se détachent à l'horizon de manière presque irréelle lors des journées claires. Le paysage est celui classique de la puna sèche andine : plat, brûlé par le soleil et le vent, avec des lagunes saumâtres qui reflètent un ciel d'un bleu intense que l'on ne voit qu'à ces altitudes.
Le vicuñe: l'animal symbole de la réserve

Les vicuñas sont l'observation la plus certaine de la réserve. Elles se déplacent en petits groupes familiaux, guidés par un mâle dominant, et paissent tranquillement le long des bords de la route asphaltée qui traverse la zone protégée. Contrairement aux lamas domestiques, les vicuñas sont des animaux sauvages et maintiennent une distance prudente de l'homme, mais il n'est pas rare de se retrouver à quelques dizaines de mètres d'un groupe en train de brouter. Leur fibre est considérée comme l'une des plus précieuses au monde — chaque individu produit environ 200-300 grammes de laine par an — et pour cette raison, elles sont encore aujourd'hui l'objet d'un programme de tonte contrôlée appelé chaku, une pratique qui remonte à l'époque inca.
Observer ces créatures dans leur habitat naturel, avec en toile de fond les volcans enneigés, est une expérience difficile à décrire avec précision. Il n'y a rien de domestiqué dans ce paysage : pas de clôtures, pas de panneaux touristiques, pas de structures d'accueil visibles. Seulement le plateau, le vent et les animaux.

Flamants et viscaches : la biodiversité du plateau
Les lagunes salées de la réserve, dont la Laguna de Salinas — située à environ 4 300 mètres — abritent des colonies de flamants andins. Trois espèces fréquentent ces eaux : le flamant andin (Phoenicoparrus andinus), le flamant de James (Phoenicoparrus jamesi) et le flamant chilien (Phoenicopterus chilensis). La meilleure saison pour les observer en plus grand nombre est celle humide, entre novembre et mars, lorsque les lagunes se remplissent et que les flamants arrivent pour nicher. Le rose vif de leur plumage contre le blanc des salines et le gris du sol volcanique crée des contrastes chromatiques qui semblent presque artificiels.

Sur les parois rocheuses et entre les rochers éparpillés sur le plateau vivent en revanche les viscaches (Lagidium viscacia), des rongeurs à longue queue courbée qui ressemblent à un croisement entre un lapin et un écureuil. Ce sont des animaux curieux et généralement peu timides : ils s'assoient immobiles sur les rochers pour se réchauffer au soleil, et souvent ils se laissent approcher suffisamment pour être photographiés facilement. Ils sont l'une des observations les plus sympathiques et inattendues de la réserve.
Comment arriver et quand visiter

La réserve se rejoint en partant de Arequipa, en empruntant la route qui mène vers le Canyon de Colca (route pour Chivay) ou celle vers la Laguna de Salinas. De nombreux tour-opérateurs de la ville proposent des excursions d'une journée qui combinent la réserve avec le Canyon de Colca, passant obligatoirement par la zone protégée. En alternative, il est possible de louer une voiture ou de prendre les minibus locaux qui partent du Terminal Terrestre d'Arequipa en direction de Chivay.
Le conseil pratique le plus important est de partir tôt le matin, de préférence avant 7h00, pour deux raisons : la lumière du matin est meilleure pour photographier les animaux et les volcans, et les nuages de l'après-midi ont tendance à couvrir les sommets. Ceux qui souffrent du mal de montagne doivent faire attention : le passage rapide d'Arequipa (2 335 m) à plus de 4 000 mètres peut provoquer des symptômes même chez ceux qui sont physiquement entraînés. Apporter de l'eau, de la nourriture chaude dans un thermos et des vêtements en couches est essentiel : même en été, la température peut descendre en dessous de zéro pendant les heures nocturnes et le vent est constant pendant la journée.
Un silence qui ne se trouve pas facilement
Ce qui frappe le plus, à la fin, ce n'est pas une seule observation ou un panorama spécifique. C'est la sensation d'être dans un endroit qui fonctionne encore selon ses propres règles, indépendamment du tourisme. Les vigognes paissent comme elles l'ont toujours fait, les flamants se déplacent le long des bords des lagunes saumâtres, les viscaches scrutent les passants depuis les rochers sans alarme particulière. La réserve n'est pas équipée pour le tourisme de masse, et ce manque d'infrastructures est, par paradox, son atout le plus authentique.
Pour ceux qui viennent d'Europe ou d'Amérique du Nord, habitués à des réserves naturelles avec des centres de visiteurs, des sentiers balisés et des gardes forestiers visibles tous les cent mètres, l'Aguada Blanca offre quelque chose de différent : la possibilité d'être dans un paysage vivant sans que ce paysage ait été organisé pour être visité. C'est une distinction subtile, mais ceux qui la perçoivent ont du mal à l'oublier.
