Refuge pour les moines orientaux, qui ont d'abord fui la persécution iconoclaste de Léon III Isauricus, puis la pression arabe en Sicile, les grottes calabraises accidentées ont accueilli de nombreux moines de rite gréco-byzantin tout au long du Moyen Âge. Particulièrement adaptés à une vie solitaire basée sur le travail et la prière, les pentes et les grottes profondes du mont Sellaro, dans la région de Cerchiara di Calabria, ont vu fleurir des ermitages, des lauras et des monastères monumentaux.C'est là que Saint Pancomio érigea le monastère de Sant'Andrea au Xe siècle, rassembla les ermites qui formèrent le "TònArmòn" (du grec "Twnarmwn", qui signifie "des grottes") et institua le culte de la Madonna TònArmòn, traduit ensuite par assonance en Madonna delle Armi.Avec l'arrivée des Normands, la politique religieuse clairement opposée au monachisme grec a entraîné le déclin de ces centres florissants de spiritualité, dont l'important patrimoine monumental, artistique et religieux survit encore aujourd'hui dans les précieux vestiges antiques que l'histoire nous a transmis.
Tout a commencé en 1450 dans les bois du Mont Sellaro, lors de la poursuite d'une biche par un groupe de chasseurs de Rossano. Après une course épuisante, l'animal, décidé à échapper à la vue de ses poursuivants, se réfugie dans une grotte ; c'est là que le prodige se produit. La biche a soudainement disparu pour laisser place à deux icônes en bois représentant les saints évangélistes. Les chasseurs, surpris par l'événement, ont décidé de ramener les tablettes dans leur ville, mais elles ont disparu de celle-ci à trois reprises, pour être retrouvées à l'endroit où elles avaient été trouvées. Certains qu'il s'agissait d'une volonté divine, les citoyens de Rossano ont alors décidé de construire une petite chapelle dans la fameuse grotte pour les accueillir, mais un second prodige est survenu pendant les travaux. L'un des tailleurs de pierre brisa d'un coup décisif une pierre ovale, inutile à son usage, qui se trouvait toujours dans ses mains : la pierre se fendit en deux et dans les faces intérieures apparut d'un côté l'image de la Vierge à l'Enfant et de l'autre celle de Saint Jean Baptiste. Le premier est depuis lors conservé dans une chapelle à l'intérieur de l'église, le second a été volé et, selon la tradition, transporté à Malte. Avec ce récit légendaire, la tradition populaire raconte l'origine du sanctuaire de Santa Maria delle Armi, l'un des plus célèbres complexes monumentaux d'origine médiévale de Calabre. Lieu de prière et de méditation, destination depuis des siècles de pèlerinages sincères, le complexe majestueux enchâssé dans la roche de la montagne laisse sans voix par sa magnificence et le paysage enchanteur dans lequel il s'inscrit. Construit près des ruines du monastère de Sant'Andrea, sur un site déjà dédié au culte dans l'Antiquité, il a été restauré et agrandi au cours des siècles, enrichi surtout par les princes Sanseverino de Bisignano et les Pignatelli de Cerchiara, et on y accède en suivant une route goudronnée qui traverse le versant boisé de la montagne, s'élevant à plus de 1 000 mètres d'altitude. A l'entrée, après avoir passé le Palais Ducal, l'Hospice des Pèlerins et les bâtiments autrefois utilisés pour l'accueil des orphelins et du personnel, on arrive à un petit portique à quatre arcs romans, splendide balcon panoramique sur la plaine de Sibari en contrebas. Par un riche portail en pierre blanche locale, on pénètre à l'intérieur de l'église, creusée à plusieurs mètres dans la roche vive ; de style byzantin, avec un plan irrégulier en croix latine, elle conserve des œuvres remarquables du XVIIe siècle et des fresques de l'école napolitaine du XVIIIe siècle. La voûte naturelle est ornée de fresques représentant la "Gloire de la Vierge avec la Trinité et les Saints" et le "Jugement dernier" de Joseph De Rosa de Castrovillari (1715). Sur le côté droit du maître-autel, nous découvrons la célèbre grotte abritant l'image miraculeuse de la "Madonna achiropita" (non peinte par la main de l'homme), conservée depuis 1750 dans un reliquaire baroque en argent. La chapelle Pignatelli termine le côté gauche de l'église. La visite se termine dans la salle d'exposition, qui retrace l'histoire du Sanctuaire à travers la collection de fronts d'autels, de vêtements sacrés, de peintures et de mobilier.