
À 4.200 mètres d'altitude, l'eau bout hors de la roche volcanique et s'écoule dans des bassins naturels où la vapeur se mêle à l'air raréfié de l'altiplano chilien. Les Termas de Polloquere ne sont pas un spa, elles n'ont pas de vestiaires, elles n'ont pas de panneaux touristiques. Ce sont une série de bassins thermaux sauvages qui émergent directement du sol salin du Salar de Surire, dans la région de Tarapacá, au nord du Chili, à quelques kilomètres de la frontière bolivienne.

Ce qui rend cet endroit différent de toute autre expérience thermale est le contexte absolu : autour des bassins s'étend l'un des salars les plus reculés des Andes, protégé en tant que Monument Naturel Salar de Surire par la CONAF, l'organisme chilien de gestion des zones naturelles. Les eaux sont fréquentées par des colonies de flamants des Andes — dont l'espèce Phoenicoparrus andinus — qui se déplacent sans hâte aux abords du lac salé, indifférents aux quelques visiteurs qui se plongent dans les bassins fumants.
L'expérience thermale sans médiations

Les bassins de Polloquere sont alimentés par des sources géothermiques actives, liées à l'intense activité volcanique de la région. Les températures de l'eau varient de tièdes à décidément chaudes selon le bassin choisi, et certaines sources atteignent des températures élevées près du point d'affleurement — il est nécessaire de toucher l'eau avant d'entrer, sans rien prendre pour acquis. Il n'existe aucune structure de quelque type que ce soit : pas de douches, pas de bains, pas de bars. Ceux qui arrivent doivent apporter tout le nécessaire.
L'immersion à cette altitude a des effets particuliers sur le corps. L'air contient environ 40 % d'oxygène en moins par rapport au niveau de la mer, et de nombreux visiteurs rapportent une sensation de légèreté et de désorientation mêlée à du bien-être pendant le bain. Il est fondamental de ne pas faire de mouvements brusques, de s'hydrater abondamment avant et après, et de limiter le temps dans l'eau chaude pour éviter les baisses de pression. Le conseil le plus pratique est de s'acclimater au moins un jour à des altitudes intermédiaires avant d'atteindre Polloquere.

Le paysage environnant : volcans et sel
Le Salar de Surire est entouré par certains des volcans les plus hauts de la cordillère chilienne. Le Volcán Guallatiri, actif et enneigé, se voit clairement à l'horizon lors des journées dégagées et atteint les 6.071 mètres de hauteur. La surface du salar — blanche, plate, éblouissante — contraste avec la couleur rouge-orange des algues qui colorent les rives où se nourrissent les flamants. C'est l'un de ces paysages qui ne nécessitent pas de filtres photographiques : la lumière en haute altitude est déjà en soi irréelle.

Le sel du Salar de Surire a été extrait commercialement pendant des décennies, et encore aujourd'hui, on peut observer des traces de cette activité le long de certains tronçons de la rive. La réserve naturelle protège à la fois le paysage et la faune, en particulier les trois espèces de flamants andins présentes : en plus du déjà mentionné Phoenicoparrus andinus, on trouve le flamant chilien (Phoenicopterus chilensis) et le flamant de James (Phoenicoparrus jamesi), ce dernier étant parmi les plus rares au monde.
Comment arriver et informations pratiques

Atteindre Polloquere nécessite une planification. La voie la plus courante part de Putre, le principal centre habité de la région, situé à environ 3 500 mètres d'altitude. De Putre, on emprunte une route non pavée qui traverse le Parc National Lauca et descend ensuite vers le Salar de Surire : le trajet dure environ 3-4 heures en véhicule tout terrain, avec des sections difficiles nécessitant un véhicule à traction intégrale, surtout pendant la saison des pluies d'été (de décembre à mars).
Il n'existe pas de transport public jusqu'aux thermes. La solution la plus répandue est de louer un véhicule tout terrain avec chauffeur depuis Putre ou depuis Arica, la ville côtière la plus proche située à environ 150 kilomètres. L'entrée au Monument Naturel Salar de Surire nécessite le paiement d'un tarif à la CONAF, vérifiable directement sur le site de l'organisme ou aux postes de contrôle. Le meilleur moment pour visiter est entre avril et novembre, lorsque les routes non pavées sont plus praticables et que les chances d'un ciel dégagé sont plus élevées.
Que prendre et comment se préparer
L'absence totale de structures rend la préparation essentielle. Il est indispensable d'apporter beaucoup d'eau potable, de la nourriture, un maillot de bain, une serviette et — tout aussi important — des vêtements chauds pour après le bain. La température de l'air à cette altitude peut descendre rapidement, même en plein été austral, et sortir de l'eau chaude dans un vent froid sans vêtements secs est un risque concret.
Ceux qui souffrent de problèmes cardiaques ou de pression devraient consulter un médecin avant de planifier cette visite. Pour tous les autres, Polloquere offre quelque chose de difficilement reproductible : le silence de l'altiplano, la vapeur qui s'élève dans l'air transparent, et en arrière-plan, les flamants roses qui marchent lentement au bord du sel blanc, comme si le temps ici n'avait pas la même urgence que partout ailleurs.
