À Naples, le protagoniste indéfectible du Saint Noël est la crèche. Pour tout Noël napolitain qui se respecte, il est donc indispensable de se rendre aux spectacles de San Gregorio Armeno. Parmi une joyeuse multitude de petites boutiques, d'ateliers et d'étals qui, tout au long de l'année, remplissent de magie les yeux de ceux qui admirent l'atmosphère. Un art, celui de la crèche, qui réside dans chaque détail des innombrables objets, si méticuleusement moulés qu'ils semblent posséder une âme propre. De véritables dynasties de "bergers" se transmettent depuis des siècles les petits secrets de cet extraordinaire artisanat et s'affairent toute l'année à recréer les bergers et les petits objets en terre cuite peinte pour installer les majestueuses crèches qui ont inspiré tant de littérature et de peinture. Mais peut-être que tout le monde ne sait pas que San Gregorio Armeno est également parmi les plus intéressants dans l'histoire gréco-romaine de Neapolis. En effet, il est situé juste à côté de l'Agora puis du Forum de la Piazza S. Gaetano où se trouvent les vestiges du temple de Castor et Pollux. Dans le voisinage même de l'église qui donne son nom à la rue, anciennement connue sous le nom de San Liguore, l'évêque napolitain San Nostriano fit ouvrir des bains publics et créer la première structure paléochrétienne de l'église de San Gregorio sur les ruines de l'ancien temple de Cérès (et à propos de cette divinité, ce n'est pas un hasard, on raconte que les citoyens lui offraient comme offrandes votives de petites statuettes en terre cuite, fabriquées dans les ateliers voisins), à laquelle son successeur annexa également un refuge pour les pauvres malades. C'est ici qu'au milieu du VIIIe siècle, alors que la fureur des iconoclastes contraignait de nombreux religieux à fuir l'Orient vers l'Italie, ont été hébergées les reliques de saint Grégoire l'Illuminateur, patriarche d'Arménie (257-331), transportées par des religieuses basiliennes conduites par saint Patrick. Selon la tradition, les moniales basiliens de Saint Patrick, après avoir débarqué sur l'îlot de Megaride (Castel dell'Ovo) et y avoir fondé un premier monastère, à la mort de la fondatrice et sur ordre du duc byzantin de Naples Étienne, portèrent son corps en procession. Il arriva alors que les deux génisses blanches attelées au corbillard s'arrêtèrent en arrivant à Saint Grégoire et l'événement fut considéré comme la volonté de la vierge patricienne, il fut donc décidé de déplacer le monastère en ce lieu. La foi populaire s'est toujours rassemblée autour des reliques conservées dans l'église, comme les reliques vénérées de saint Patrick dont le sang fond le 26 août, celles du sang du Baptiste, que des religieuses ont apporté au nouvel asile de saint Grégoire en 1576 et qui fond le 29 août, et celles du tibia et du crâne de saint Grégoire avec ses chaînes et son bâton. Ce n'est qu'en 1205 que l'église a été baptisée du nom de ce dernier. Mais qui était Saint Grégoire d'Arménie ? Saint Grégoire dit l'Illuminateur appartenait à la dynastie royale arménienne des Arsacides. C'est à lui que nous devons le grand mérite d'avoir fait adopter le christianisme comme religion d'État en Arménie. En fait, le souverain de l'époque, Tiridates III, a poursuivi les premiers missionnaires chrétiens en Arménie, et en particulier la campagne réussie du prédicateur Grégoire, qu'il avait fait emprisonner dans la prison-forteresse de Khor Virap, dans la ville d'Artashat, où le prédicateur est resté pendant treize ans.
La légende chrétienne raconte que suite à sa violente persécution des chrétiens, le roi arménien fut saisi d'une terrible maladie qu'aucun médecin de la cour ne put guérir. La sœur du roi a fait un rêve révélateur qui lui a parlé des pouvoirs miraculeux du prédicateur emprisonné. Le roi, qui a d'abord refusé de la croire, a finalement été convaincu de libérer Grégoire et a été guéri grâce à son intercession. À la suite de ce "miracle", Tiridate III se convertit au christianisme et l'élève au rang de religion d'État en 301 (certains chercheurs le datent de 305, année de l'abdication de Dioclétien).
Après une longue campagne d'évangélisation, Grégoire décide de se retirer dans les montagnes d'Akilisene, où il continue à vivre en ascète. Il confie l'administration de la communauté chrétienne à son fils Aristakes, consacré depuis 318. En tant qu'évêque d'Arménie, Aristakes participe en 325 au concile de Nicée, proclamé par l'empereur Constantin Ier pour discuter et fixer certains points importants de la foi chrétienne. La même année, Grégoire meurt dans la solitude sur le mont Sepouh.
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